Mixité et Numérique : elles/ils ont dit oui ! Retour sur la signature du plan sectoriel Mixité et Numérique, chez Cap Digital

C’est signé ! Le plan Mixité et Numérique, encourageant l’implication des femmes dans les métiers du numérique, porte depuis le 31 janvier la trace écrite de l’engagement de trois ministres et dix signataires. C’est sous la verrière des locaux de Cap Digital que Laurence Rossignol, Najat Vallaud-Belkacem et Axelle Lemaire ont assuré leur détermination à faire bouger les lignes d’un secteur qui souffre de l’absence des femmes. Retour sur une matinée de discussions et perspectives.

La Genèse : pourquoi un plan Mixité & Numérique ?

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Pourquoi le secteur du numérique et des nouvelles technologies est-il particulièrement déserté par les femmes ? Non pas, comme certains essaient de l’expliquer, par manque d’affinités et d’intérêts des jeunes filles pour un milieu “trop geek”. La raison est plus structurelle et tient en grande partie de l’absence des femmes aux postes clés des différentes organisations de la filière numérique. Difficile de trouver sa place dans un milieu qui reste largement occupé par des hommes :

  • On ne compte que 7 % de femmes dans le secteur numérique (chiffre Next Generation)
  • Moins d’une start-up sur cinq est dirigée par une femme (chiffre StartHer, 2016)

De nombreuses enquêtes et études prouvent pourtant leur appétence pour les métiers du numérique, et l’intérêt pour la vitalité de ce dernier à les accueillir :

  • On observe des résultats 20% supérieurs dans les équipes mixtes que dans les non-mixtes des entreprises françaises (cabinet Global Contact)
  • Les femmes à elles-seules ont levé 90 millions d’euros en 2015 (baromètre du réseau Compass, 2015), soit 3,5 fois plus que l’année précédente.
  • Nous gagnerions 0,5 point de croissance supplémentaire en résorbant les inégalités homme-femme dans l’accès à l’emploi (Chiffre OCDE)

Face à un tel constat, les prises de conscience se généralisent et les enjeux de mixité gagnent du terrain dans le secteur du numérique :

  • Du côté de l’Etat : avec pour objectif global de passer de 12% à 33% de métiers mixtes d’ici 2025 (chiffre Gouvernement)
  • Du côté des investisseurs privés : un financement de 100 000 à 1 million € par le 1er réseau féminin de Business Angels en Europe “Femmes Business Angels”
  • Des dizaines d’initiatives individuelles & collectives pour accompagner les démarches de mixité : #JamaisSansElles, Wi Filles, Girlz in Web, Elles bougent, Femme ingénieure, Pionnières, StartHer, Jeunes Femmes & Numérique…

Une matinée pour parler mixité

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Le 31 janvier 2017,  le Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, ainsi que le Secrétariat d’Etat chargé du numérique, auprès du Ministère de l’Economie et des Finances, sont venus signer le plan Mixité et Numérique avec 10 signataires issus de l’écosystème (voir les noms à la fin de l’article).

Animée par Claudine Schmuck, auteure de l’article “Il est urgent de renforcer la présence des femmes dans le numérique.” cette table-ronde, diffusée en streaming sur Facebook live, a permis d’échanger sur :

  • L’orientation vers le numérique dès le plus jeune âge,
  • L’accès des femmes à l’emploi dans le secteur du numérique
  • Les solutions concrètes proposées par le Plan mixité et numérique

Nourries de nombreux retours d’expériences, ces conversations ont mis l’accent sur trois engagements forts pour faire avancer la cause :

Mixité VS Timidité : pour booster la place des femmes, il faut avant tout se battre contre l’auto-censure

Défendre la place des femmes dans le numérique, ce n’est pas seulement lutter contre les obstacles qu’elles rencontrent dans leurs parcours. C’est aussi lutter contre les barrières invisibles que certaines placent entre elles et un secteur qui ne leur semble “pas pour elles”.  

En témoigne la jeune Philippine Dolbeau, lycéenne de 17 ans en Terminale L à l’origine de la start-up New School et de l’invention d’un cahier d’appel 2.0. Vaincre sa timidité est le premier pas pour être acceptée dans le milieu de l’entrepreneuriat numérique. En cause notamment, un système éducatif qui, comme l’explique Najat Vallaud-Belkacem, cantonne trop souvent le numérique aux seules matières informatiques et scientifiques au lieu d’irriguer tout l’enseignement.

De ce constat naît la volonté de la Grande École du Numérique de proposer un réseau de formations labellisées pour favoriser l’insertion socio-professionnelle des publics éloignés de l’emploi et de la formation.

Se battre contre les stéréotypes de genre

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Mais le système éducatif n’est pas le seul à pouvoir évoluer vers plus d’inclusivité, loin de là. “Il faut rappeler l’importance d’avoir des modèles et ambassadeurs dans les questions de mixité et numérique » rappelle Najat Vallaud-Belkacem. Il est donc impératif de changer les modèles sociaux et l’héritage culturel concernant le rôle des hommes et femmes dans la société. Car comme le souligne Laurence Rossignol, « dans le numérique, le monde de demain ressemble furieusement au monde d’avant-hier« .

Pas question non plus de tomber dans l’extrême inverse : en voulant attirer le public féminin vers le numérique, certains porteurs d’événements prennent le problème à l’envers. « Peut-on sortir des événements prônant l’entreprenariat des femmes où l’on retrouve des stands de coiffure ?« implore Fatiha Gas, Présidente de Quelques Femmes du Numérique.

Suivons plutôt le modèle de structures telles que Pionnières, ou Social Builder qui renforcent l’accompagnement et l’employabilité des femmes. « Le programme Étincelles, c’est 200 projets accompagnés et 80% d’accès à l’emploi dans le numérique » explique Audrey Abitan, Chargée de mission égalité femme-homme chez Social Builder.

Profiter de l’aubaine : Avec des femmes, plus de bénéfices et plus de “good”

Plus de rentabilité, plus de performance, plus de compétitivité” voilà ce qui arrive aux entreprises qui respectent le principe de mixité dans leurs équipes (soit entre 40% et 60% de femmes), explique Fatiha Gas. Ce n’est donc pas une contrainte mais une opportunité incroyable pour une entreprise que d’enrichir ses équipes de talents féminins.

D’autant que celles-ci portent avec elles des projets particulièrement profiteurs pour l’ensemble de la société : les femmes sont très engagées dans les « Tech for Good«  » explique Claire Saddy de Paris Pionnières, première plateforme d’innovation des femmes entrepreneures.

Enfin, le contexte actuel est une véritable opportunité pour les jeunes femmes, et elles auraient tort de ne pas en profiter : à l’heure où la compétence numérique devient cruciale dans un nombre grandissant de métiers, les plus jeunes sont souvent les plus compétents. Comme l’explique Axelle Lemaire, « ce déséquilibre de compétences entre les générations est une opportunité pour les jeunes diplômées« . Le parcours de Philippine Dolbeau et de sa start-up en est le meilleur exemple.

Et concrètement ? Le plan Mixité et numérique en détail

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En faisant travailler main dans la main les pouvoirs publics avec la sphère privée, le plan Mixité et Numérique constitue un levier de mobilisations et d’actions concrètes pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes au sein du secteur numérique.

Ce plan permettra de promouvoir la mixité en agissant à chaque étape du parcours des femmes : dans l’orientation et la formation continue, dans l’accès à l’emploi et dans l’entrepreneuriat.

Quelques exemples de mesures :

  • Lutter contre les stéréotypes de sexe, contre le cybersexisme et les cyberviolences ;
  • dans le cadre de la formation initiale, travailler sur les représentations associées aux métiers du numérique auprès des jeunes en cours d’orientation ;
  • dans le cadre de la formation continue, promouvoir la diversité des métiers du numérique et l’attractivité des postes pour les femmes ;
  • Promouvoir l’emploi des femmes dans le secteur du numérique ;
  • Informer sur la création d’entreprises par les femmes dans le secteur du numérique.

Ils s’engagent : les signataires du plan Mixité et numérique

Cap Digital  
CINOV-IT, syndicat des PME TPE et indépendants du numérique  
Fédérations pionnières  
Fondation ORANGE  
Pasc@line  
Quelques femmes du numérique  
Simplon  
Social Builder  
Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs  Syndicat National du Jeu Vidéo  
Syntec Numérique  
TECH IN France (ex-AFDEL)  
Union Nationale des Entreprises de Télécommunications, de Réseaux et de Services en Télécommunications  
Universcience  
Wi-Filles

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